Isabelle Marinone
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projet de recherche
projet de recherche
Ce projet de recherche s’insère dans un des grands axes dégagés par le Collegium de Lyon, « Culture, patrimoine et création ». Dans une double approche liée à l’histoire du cinéma et à l’histoire culturelle, cette étude s’intéresse essentiellement aux films documentaires muets portant sur l’étranger, produit en France entre 1895 et 1929 ; et s’appuie sur les sources du Fonds Lumière et du Fonds Albert Kahn.
Cette thématique soulève non seulement la question du regard posé sur l’étranger, mais aussi et surtout la question de l’imaginaire projeté, sous-tendu par la dichotomie fiction – documentaire, mise en scène - document brut, création - enregistrement du réel. Les bandes « exotiques » nommées aussi « panoramas » ou « scènes de plein air », sont comprises dans le genre « géographique ». Par l’inscription d’un espace culturel dans un temps donné, ce genre interroge le rapport à la mémoire. Mémoire de l’ailleurs que l’on entend à cette période conserver par le biais du film.
A l’instar des ethnologues et des artistes « orientalistes » du XIXe siècle, les premiers cinéastes français - des opérateurs Lumière à ceux des Archives de la Planète financées par Albert Kahn - s’ouvrent à l’altérité à travers des visions dépaysantes. Si la photographie permettait déjà d’accentuer l’intérêt exploratoire du voyage, elle est rehaussée par la tendance « ethnographique » traversant la peinture dès le milieu du siècle romantique. Le cinéma, dans la veine de la littérature, de la peinture et de la photographie, s’attache à son tour à des « vues » à la fois scientifiques et artistiques valorisant des paysages et des modes de vies méconnus. Le contact avec la réalité des pays visités est alors un élément fondamental de cet orientalisme filmique qui justifie souvent une étude précise des lieux et des autochtones. Dans cette quête de « l’étranger » et de « l’étrangeté », le film apporte un élément difficile à exploiter par les autres arts - bien que recherché par nombre de peintres tel Delacroix - et inhérent au cinéma car étant sa définition même : le mouvement. Objet de fascination visuelle, la reproduction du mouvement réel des hommes et son étude, ajoute à la connaissance des cultures extra-européennes. Le film permet concrètement de comprendre les gestes, - dans une visée encore physiologiste telle que Etienne-Jules Marey avait pu l’expérimenter grâce à ces chronophotographies –, de saisir les comportements différents, et d’en déduire le sens.
En ces temps d’expansion coloniale, le cinéma tente, comme la photographie avant lui, de fixer, de cartographier le monde une fois pour toute. A l’image de la mémoire, il classifie, ordonne, archive les paysages et les hommes. Ce projet de recherche entend comprendre les perspectives mémorielles et artistiques de ces deux entreprises, conduites par « l’obsession inventoriale » des commanditaires Lumière et Kahn.
biographie
Enseignant-chercheur à l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle rattaché à l’IRVAC (Institut de Recherche sur le Cinéma et l’Audiovisuel – EA 185) et au CERHEC (Centre d’Etudes et de Recherches en Histoire et Esthétique du Cinéma - EA 4100), ses spécialités sont le cinéma muet et le documentaire en France. Docteur en Histoire et esthétique du cinéma de l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne, ancienne Allocataire de recherche (Paris 1) et Attachée temporaire d’enseignement et de recherche (Paris 3), elle est notamment l’auteur de plusieurs publications sur le cinéma politique (Thèse en 2004 : Anarchisme et Cinéma en France : Panoramique sur une histoire du 7e art français virée au noir). Co-fondatrice de l’association des chercheurs en Etudes cinématographiques de Paris 1, Les Trois Lumières, (Ecole doctorale 441, Histoire de l’Art), elle créée et anime les Réunions-échange, séminaire doctoral sur le Cinéma à l’Institut National d’Histoire de l’Art. Intervenante en IUFM, elle participe par ailleurs ponctuellement à la mise en place de programmations à la Cinémathèque Française.











